Madame,
Monsieur le Président,
Honorable assemblée et Chers invités,
Monsieur le Ministre, Chers collègues,

À l’issue de cette séance particulière, marquée par la signature de votre charte commune, je tiens, Messieurs les chefs religieux et spirituels de ce pays, à vous souhaiter la bienvenue dans cette salle du parlement fédéral.

Dans une démocratie, le parlement est l’espace public par excellence. C’est en son sein que se tient le débat politique et que se prennent les décisions politiques devant la société entière.
Le parlement est également une maison ouverte à tous les citoyens de ce pays qui peuvent y rencontrer et interroger leurs hommes et femmes politiques. Pour nous, le parlement est enfin le lieu de dialogue avec des organisations et des groupements les plus divers et de toutes tendances.

Vous savez que le débat sur la relation entre les religions et les pouvoirs publics ne s’arrête jamais. L’enjeu est de savoir comment régler concrètement la séparation entre l’Église et l’État sous l’angle juridique et social. Les conceptions en la matière ne cessent d’évoluer sous l’influence notamment de tendances telles que la globalisation, la migration et la sécularisation.

C’est ainsi qu’en France, le débat sur la laïcité fait rage : la laïcité doit-elle être fermée, neutre ou ouverte et positive ? Le président Sarkozy est un fervent partisan de la laïcité positive, qui ne voit pas les religions comme une menace ou un danger pour les institutions démocratiques, mais plutôt comme une valeur ajoutée pour une société. Pour les religions et les convictions philosophiques, une séparation constitutionnelle bien comprise de l’Église et de l’État représente à la fois une liberté et une protection.

Toutes les conventions importantes en matière de droit de l’homme, comme la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales de 1950 et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966, garantissent la liberté de religion.

Selon ces conventions, la liberté de religion signifie que toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé.

La liberté de religion fait donc partie des libertés et des droits personnels les plus fondamentaux et est aussi essentielle, pour chaque démocratie, que la liberté d’opinion ou la liberté d’association.
Parallèlement, la séparation entre l’Église et l’État garantit également l’authenticité des religions. Au cours de l’histoire, on a usé et abusé des religions pendant des siècles pour légitimer l’autorité politique et le pouvoir séculaire. Les religions ont été opposées les unes aux autres par les responsables politiques et sont ainsi devenues un argument de polarisation politique.
Maintenant que les institutions ont été sécularisées et que les religions ne doivent plus servir des objectifs politiques, elles peuvent regagner leur liberté spirituelle et leur authenticité. En ce sens, la sécularisation ne signifie pas tant la fin des religions, mais qu’un nouveau défi pour le développement spirituel et la recherche de sens.

Aujourd’hui, notre société n’est pas seulement multiculturelle et multiethnique, mais également multireligieuse, ce qui est plus problématique pour une laïcité fermée que pour une politique qui prône le pluralisme actif. En effet, la multireligiosité ne fait pas qu’engendrer des problèmes, elle offre également énormément d’opportunités:
• les nombreux nouveaux croyants enrichissent notre société du patrimoine des religions du monde,
• les jeunes trouvent également dans le nouveau monde un contexte pour donner de l’espoir et un sens à leur vie,
• et en outre, comme l’ancien premier ministre britannique Tony Blair l’a souligné, l’autorité ne peut rester aveugle devant la motivation et l’inspiration que donne la foi pour permettre à tant de personnes d’être simplement humainement bons.

Dans d’innombrables églises, mosquées, synagogues et temples, de petits miracles de solidarité se produisent chaque jour, des personnes sont réconfortées et apaisées, des enfants et des personnes âgées trouvent de l’aide et des malades sont soignés.

Une politique d’intégration qui nie ou méconnaît la dimension religieuse est, selon moi, vouée à l’échec. Les gens ne s’épanouissent que lorsqu’ils se sentent respectés en tant qu’êtres humains, aussi que dans leurs convictions les plus profondes. Celui qui se sent menacé dans ce qui lui est cher, se distancie de la société ou y sème précisément les germes de l’extrémisme et de la polarisation.

Une société pluraliste et ouverte doit offrir une place aux différentes formes de pratique de la foi et de la méditation ou, pour reprendre les mots du président Sarkozy : « On ne respecte pas les gens quand on les oblige à pratiquer leur religion dans des caves ou dans des hangars. Nous ne respectons pas nos propres valeurs en acceptant une telle situation. Car, une fois encore, la laïcité ce n’est pas le refus de toutes les religions, mais le respect de toutes les croyances. C’est un principe de neutralité, ce n’est pas un principe d’indifférence.»

Honorable Assemblée,

Nous sommes très heureux de l’initiative qui est lancée ici aujourd’hui. Votre autorité de chefs religieux et spirituels de ce pays confère une valeur particulière à la Déclaration qui a été signée ce jour. Vous témoignez ainsi de la volonté des différentes religions et convictions philosophiques de se respecter mutuellement et de promouvoir ainsi la cohésion sociale et la cohabitation harmonieuse.
Sans perdre vos spécificités, vous parvenez à dépasser vos différences avec comme enjeu une société solidaire et porteuse de paix.
Nous vous en remercions vivement.


Mia DE SCHAMPHELAERE
Vice-Présidente de la Chambre des Représentants
17 décembre 2009