................Au départ de réflexions sur :

Les signes religieux dans l'espace publique


Déclaration

Introduction


En vertu de notre responsabilité sociale, nous prenons la parole. Située stratégiquement comme ville d’accueil pour les institutions Européennes et autres institutions internationalles, au sein de la Belgique, Bruxelles est en effet l'une des grandes villes de l’Europe. Les institutions internationalles sont un symbole fort de la rencontre des peuples, dont la présence est ancienne sur le continent européen. Mais il y a aussi ceux dont l’arrivée est plus récente. Leur présence nous rappelle qu’une rencontre authentique entre cultures et religions est une condition préalable pour la construction d’une culture de paix dans notre pays.

La Belgique est aujourd’hui à la croisée des chemins. La culture traditionnelle relativement homogène, est confrontée à de nouveaux défis. Dans ce climat d'une société en mutation rapide, le Belgian Council of Religious Leaders tient à souligner l'importance de la religion dans la société. Dans notre pays, nous constatons que les communautés de confessions et de philosophies différentes vivent ensemble en paix, et les initiatives pour le dialogue interreligieux et interconvictionnel ainsi que la coopération se multiplient. Cela nous donne en tant que membres du BCRL, l'occasion d'engager un dialogue, afin de renforcer la compréhension et de chercher, autant que possible, un terrain d'entente.



Contexte

Le pluralisme religieux est une réalité. La tolérance implique le respect, l'acceptation et l'appréciation de la riche diversité des cultures, des formes d'expression et des moyens d'être homme/femme dans notre société contemporaine. De plus, la notion de l’altérité nous invite à prendre nos responsabilités pour la liberté de l’autre. Explorant nos propres traditions et convictions religieuses, nous, les membres du Belgian Council of Religious Leaders sommes d’avis que la tolérance est une responsabilité spirituelle enracinée dans le caractère sacré de la vie. La tolérance doit protéger la dignité de chaque personne humaine, stimuler l'amour du prochain et promouvoir l’attitude de faire à autrui ce que nous voudrions qu'il fasse envers nous.

Nous reconnaissons que les institutions et les hommes religieux n’ont pas toujours fait honneur à ce précepte essentiel, et qu’ils ont même parfois encouragé l’intolérance. Afin de contribuer à construire la cohésion sociale et la paix, les institutions et les hommes religieux doivent aussi se livrer à l’autocritique, car les dangers d’intégrisme sont présents dans toutes les traditions. Pour cela, ils doivent aller au-delà des peurs extrêmes et d’un relativisme culturel en acceptant l’altérité. Cela implique prendre le temps pour l’acceptation des divergences et nourrir la sensibilité qui permet aussi de donner une place à la particularité de chacun. C’est pourquoi, nous plaidons pour le respect des convictions religieuses de chacun et de la pluralité dans notre société.



Une culture de paix

La tolérance est la reconnaissance active de la diversité. Elle veut dire respect sympathique et bienveillant de l’altérité de l’autre, celui dont nous différons par la religion, par la culture ou de toute autre manière. La tolérance n’implique pas l’approbation inconditionnelle des idées des autres, ni de la manière dont ils les vivent. La tolérance signifie que l’on assure à l’autre le respect de ses droits humains, sans nécessairement partager ses points de vue. Nous prônons le droit à la différence, mais pas la différence des droits! Le droit à la différence dans le respect des valeurs de la société. La tolérance suppose le respect mutuel, non le compromis sur les croyances de chacun. La tolérance implique que dans une société démocratique tous peuvent parler librement et ouvertement, même lorsque leurs points de vue donnent lieu à controverse. Elle ne nous empêche pas de nous prononcer clairement contre l’injustice, l’oppression, la violence et tout ce qui menace la vie. Mais une société solidaire et pacifique doit également protéger ses institutions contre l'intolérance. Dans ce cadre nous croyons qu’en ce qui concerne la manifestation des convictions religieuses, nous reconnaissons que l’Etat est neutre et qu’il a à garantir et à promouvoir les droits fondamentaux de la personne humaine, la liberté de penser et la liberté d’expression. Une société humaine doit pouvoir accepter en son sein des personnes et des associations qui affichent une conviction.



Engagements à la tolérance

Nous fondant sur cette conception de la tolérance nous, BCRL, prenons l’engagement de travailler individuellement et collectivement à traduire cette attitude en actes de tolérance aptes à produire des changements. Dans notre enseignement, dans notre prédication et dans l’exercice de nos responsabilités, nous mettrons l’accent sur ce qui, dans nos religions respectives, pousse à l’acceptation et au respect mutuels. Nous nous exprimerons clairement et publiquement contre tout ce qui promeut l’intolérance et la discrimination, et le combattrons si nécessaire. Nous ferons tout ce que nous pourrons pour nous opposer à toute forme de discours ou de crimes de haine, que cela prenne la forme de l’antisémitisme, de l’islamophobie ou d’attaques contre les chrétiens ou toute autre religion. Nous reconnaissons que nous avons une responsabilité particulière d’agir quand ces actions sont présentées comme ayant une justification religieuse. Nous nous engageons à faire connaitre nos travaux et nos conclusions à nos instances respectives.

Dans une société de tolérance, chacun à le droit de promouvoir sa foi et de la manifester. Ceci comprend le fait de montrer à l’extérieur des symboles religieux, de porter un costume ou d’autres attributs religieux, d’établir des écoles pour l’éducation des générations nouvelles, et de construire des lieux de culte conformes à la tradition de chaque religion. Nous pensons que de telles manifestations contribuent à la richesse d’une société, et nous reconnaissons aussi que ces formes de présence sur la place publique impliquent le devoir de respecter les droits et la sensibilité de ceux qui ne partagent pas notre religion.

Nous continuerons à scruter nos croyances et nos traditions en vue de célébrer ce que nous avons en commun et de nous permettre de nous comprendre quand nous ne sommes pas d’accord. Nous agirons ensemble quand cela sera possible, et nous élaborerons une éthique du désaccord et de dialogue. Convaincus que le dialogue interreligieux est un moyen puissant de promouvoir la tolérance, nous partagerons activement avec d’autres, y compris les responsables politiques, les visions profondes et les inspirations qui nous viennent de notre travail en commun dans un conseil interreligieux marqué par la reconnaissance et le respect mutuels.



Appel au dialogue et à la concertation

Pour cela le Belgian Council of Religious Leaders affirme son plein attachement aux principes essentiels de notre responsabilité citoyenne et de notre droit constitutionnel démocratique, tels que consacrés par la Convention européenne des droits de l’Homme et notre Constitution, qui est notre patrimoine commun. Nous sommes résolument engagés dans le dialogue et nous sollicitons aussi les autorités publiques à tous les niveaux à privilégier la voie de la concertation plutôt que celle des interdits.

Signataires:

André Leonard (Eglise catholique romaine), M. Panteleimon (Eglise orthodoxe), Robert Innes (Eglise anglicane); Guy Liagre en Francis Renneboog (Eglise protestante et évangélique); Abdulaziz M. Al-Yahya, Semsettin Ugurlu en Ahmed Hany Mahfoud ( Communauté musulmane); Albert Guigui (Communauté juive), Lama Karta, Phra Suddhinanavides en Frank De Waele (Communauté bouddhiste); Herman Janssens (Communauté hindoue); Ramesh Mehta (Communauté jaîn).


Bruxelles, 11 septembre 2010